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Solidarités
Santé
Post-Covid-19

Personnes âgées, jeunes en difficulté, individus fragiles relevant de la psychiatrie : des publics vulnérables fortement exposés à la crise

02/04/2020

La situation dans les EHPAD et les résidences autonomie et les conditions de versement du FAJ étaient au programme de la réunion d'échanges organisée le 30 mars.

Alors que les territoires font face à une augmentation significative de cas de coronavirus, notamment dans les régions Grand Est et Ile-de-France, la crise sanitaire a de très lourdes conséquences pour les plus démunis : celles et ceux qui n’ont pas de logement fixe, dont les conditions d’alimentation sont précaires, qui peuvent être dans l’incapacité de se soigner ou de se faire dépister, pour les migrants qui sont exposés à tous ces facteurs de risques. Dans ce contexte, France urbaine a mis en place un groupe d’échanges par visioconférence consacré au déploiement des solidarités et à la mobilisation de l’action sociale. Il s’est réuni, pour la première fois le 23 mars 2020 et a poursuivi ses échanges le 30 mars, en présence d’une cinquantaine de représentants de grandes villes, agglomérations et métropoles.
 
Des EHPAD très exposés… sans oublier les résidences autonomie

La surmortalité observée depuis plusieurs jours dans les EHPAD, qu’ils soient de statut privé ou gérés par les collectivités, sur l’ensemble du territoire national pose naturellement la question de la surexposition au coronavirus des personnes âgées et vulnérables. Toutefois, la crise que vivent ces établissements en première ligne face au virus interroge aussi les conditions de travail et de préparation des équipes soignantes.
 
A l’évidence, les équipements manquent de charlottes, de sur-blouses et surtout de masques de tout type. Si des millions de masques ont été récemment commandés par l’Etat à la Chine, ils deviennent urgents pour les soignants.
 
Des grandes villes ont été amenées à fournir des masques aux EHPAD en pénurie mais aussi à sonder les entreprises en disposant, pour les redistribuer aux établissements carencés ou aux Agences régionales de santé (ARS). Metz Métropole a fait récemment un don à la délégation territoriale Moselle de l'ARS de 48 286 masques (38 250 chirurgicaux, 10 000 FFP2, 36 FFP3). Il a été du reste indiqué, notamment à Arras, que les tarifs des masques chirurgicaux avaient connu des augmentations significatives.
 
La question des résidences autonomie, à ce stade peu prise en considération par les pouvoirs publics a été pointée. Le personnel non soignant se retrouve en attente de consignes (sas d’habillage/déshabillage), avec un déficit d’équipements également en masques, blouses, sur-blouses et charlottes. Le travail avec les conseils départementaux gestionnaires de résidences autonomie gagnerait à être approfondi. Autre difficulté évoquée dans les résidences autonomie : la difficulté de faire respecter les règles de confinement aux seniors, ceux-ci étant considérés comme autonomes.
 
Fonds d’aide aux jeunes : des conditions de versement à améliorer
 
Plusieurs collectivités ont témoigné de la situation de jeunes rencontrant des difficultés à percevoir le Fonds d’aide aux jeunes (FAJ), notamment pour celles et ceux ne disposant pas de comptes bancaires. Des conventionnements avec des trésoreries ont été passés à Rouen, sachant que les CCAS jouent, dans de nombreux cas, un rôle d’intermédiaire précieux. Seul souci : certains d’entre eux sont aujourd’hui fermés, les personnels ayant fait valoir leur droit de retrait.
 
Cependant, des solutions ont été trouvées sur plusieurs territoires : à Clermont-Ferrand, une association ad hoc a été  conventionnée, tandis qu’à Saint-Etienne, ce sont les missions locales qui sont en première ligne et référentes pour accompagner les publics via des cartes en prépaiement.
 
La santé psychiatrique, un secteur sous tension
 
La période que nous connaissons remet au cœur des enjeux le sujet de l’accompagnement des publics en difficulté psychique et/ou psychiatrique, pointant au passage la crise que traverse l’hôpital psychiatrique en France, depuis de longues années. Les actions de prévention du risque suicidaire en EHPAD ont été rappelées, avec la saisine du réseau de santé mentale dans certains territoires. A Toulon, les problèmes relatifs à la santé mentale sont nombreux, avec une équipe géronto-psychiatrique mise en place début mars 2020.

Par ailleurs, adossés aux contrats locaux de santé (CLS) existent souvent des conseils locaux de santé mentale (dits CLSM). Au Mans, un CLSM est en cours d’installation, avec une ligne verte dédiée aux personnes en situation de souffrance psychique et la possibilité de faire intervenir des spécialistes en équipe volante. A Saint-Denis, le CLSM fonctionne depuis 2013 : il s’agit d’une plateforme de concertation et de coordination entre les différents partenaires, incluant des acteurs des champs sanitaires, médico-sociaux et sociaux. Cette dynamique a favorisé l’émergence de plusieurs projets autour du logement, de l’adolescence, de l’inclusion scolaire et sociale. Avec la crise du Covid-19, le CLSM a installé une cellule spéciale de soutien psychologique, « Point Ecoute St-Denis », pour les personnes confinées.

A la Métropole de Rouen, la question a été abordée par l’axe « santé » du contrat de ville, avec des journées d’animation en matière de santé mentale. La prise en charge reste complexe, malgré le soutien de l’unité psychiatrique mobile du centre hospitalier du Rouvray. En effet, plusieurs centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) sont aujourd’hui fermés. A Lyon, les CMPP locaux organisent néanmoins des permanences téléphoniques et restent exceptionnellement ouverts pour des soins particuliers, en direction d’un public fragile. A Grenoble, les deux centres hospitaliers continuent à œuvrer dans le champ du soutien et traitement psychologique/psychiatrique, avec la Métropole qui a engagé un travail sur ce champ, en lien avec les bailleurs sociaux, afin de faciliter l’« aller-vers ».
 
Avec l’Etat, des relations fluides mais encore contrastées selon les territoires
 
De manière générale, il apparaît que l’Etat a adapté son logiciel d’intervention en mode crise et est dans une recherche de solutions opérationnelles d’où qu’elles viennent, pour répondre aux urgences du moment.

A quelques exceptions près, c’est un Etat ensemblier et facilitateur que l’on observe sur le terrain. En appui de cette analyse, les retours émis par les techniciens d’Arras, Rouen Metz, Nancy ou Tours. A la communauté urbaine d’Arras, le préfet a écrit aux élus de l’agglomération et des communes-membres pour préciser ce qui était fait en matière d’hébergement, maraudes et aides alimentaires. Une plateforme commune Etat/collectivités a même été  créée, pour recenser les actions mises en place. A la Métropole de Rouen, même son de cloche : les relations avec le préfet, la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) et le délégué départemental de l’ARS sont constructives, avec un travail en partenariat pour trouver des solutions concernant l’aide alimentaire et le recensement précis des initiatives, pour l’instant dispersées.

A la Ville et la Métropole de Nancy, les relations sont quotidiennes avec l’Etat et la DDCS pour résoudre les problématiques qui se posent, dans une logique de coordination et de mutualisation des bonnes pratiques. Les collectivités sont étroitement associées aux décisions de l’Etat : deux réunions d’information hebdomadaires sont organisées par le préfet, à l’attention des parlementaires et élus du territoire. Même ressenti à Metz, avec une DDCS jugée proactive et une mise à l’abri systématique des personnes en difficulté dans des hôtels dédiés. L’Etat a, en outre, apporté son soutien aux distributeurs d'aide alimentaire qui se sont coordonnés pour confectionner des colis. Une mise à disposition de tickets services a également été organisée par les services de l'Etat.

A Tours Métropole, le partenariat avec l’Etat est jugé « bon », avec des services réactifs concernant notamment l’ouverture en continu des hébergements d’urgence. A noter une mobilisation pour ouvrir un gymnase à destination de jeunes avec chiens et un service de maraudes bien organisé. Enfin, les services de l’Etat ont opéré en temps record les versements des subventions aux associations et organismes relevant de la politique de la ville.

A la Métropole de Lyon, le jugement est plus nuancé, notant un déficit de transparence et de consolidation quant aux décisions et initiatives prises par l’Etat auprès des acteurs locaux. C’est ainsi la collectivité qui doit faire ce travail de recensement, en lieu et place de l’Etat : la coordination et la diffusion de l’information gagneraient à être améliorées. A Orléans et Grenoble, les appréciations sont aussi mitigées concernant les relations avec l’Etat. A Orléans, les services de l’Etat sont jugés trop discrets, avec un manque d’engagement sur les dossiers du logement et de l’hébergement. A Grenoble, des marges de progrès demeurent sur le traitement des personnes vivant dans des squats et des bidonvilles et les personnes en errance avec chiens. L’Etat est appelé à faire davantage que la simple installation d’un centre de desserrement pour personnes précaires infectées par le COVID 19. Il est à signaler qu’un point hebdomadaire avec la DDCS et la Préfecture de l’Isère a été récemment mis en place.