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Tourisme
Economie des territoires

3ème comité de filière tourisme de la crise sanitaire : le temps de l’opérationnalisation des mesures d’aide économique

11/04/2020

Le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne a réuni le 7 avril le troisième comité de filière tourisme exceptionnel depuis le début du confinement.

Le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne a réuni le troisième comité de filière tourisme (CFT) exceptionnel depuis le début du confinement le 7 avril dernier. 95 participants, institutionnels, organismes financiers, professionnels des hôtels, cafés, restaurants, culture et loisirs, tourisme social et solidaire, élus, représentants des transports et des agences de voyages… y sont venus témoigner des difficultés du secteur et des solutions déployées pour y répondre.
 
Les assurances une nouvelle fois critiquées
 
Le secrétaire d’Etat a souhaité souligner les nombreuses initiatives d’entraide dont il a eu connaissance, visant notamment à accompagner l’action des soignants, et a insisté sur la nécessité d’exprimer la solidarité à tous les maillons de la chaîne. A cet égard, les assurances ont été une nouvelle fois vertement critiquées, le premier versement des 200 millions auquel elles se sont soumises n’épuisant pas le sujet au vu des 8 milliards d’euros de bénéfices qu’elles ont faits en 2019. Une enquête de Roland Berger pour le compte de l’Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) sur 100 000 entreprises a ainsi montré que pour les 94% d’entre elles qui étaient fermées, 98% avaient reçu un refus de leur assureur de prendre en charge tout ou partie de la perte d’exploitation.
 
Le prêt garanti par l’Etat se déploie peu à peu
 
Le représentant de BPI France a rendu compte de l’utilisation du prêt garanti par l’Etat : 20 milliards d’euros de demande de crédit garanti par l’Etat étaient en instruction le 6 avril, dont 11,8 faisaient l’objet d’une attestation sur le site de BPI France pour 80 000 entreprises. 4,3 milliards d’euros faisaient déjà l’objet d’un accord des banques.
 
1,3 milliards euros, soit 11,5% du total, avaient été instruits pour le tourisme. Les premières analyses montrent que ce sont surtout les Petites et Moyennes Entreprises (PME) à moins de 450 000 euros annuels de chiffre d’affaire qui ont fait jouer ce mécanisme, mais pas encore les grands comptes.
 
L’enquête de l’UMIH a par ailleurs fait ressortir que 95% des acteurs interrogés ont eu recours au chômage partiel pour plus de 80% de leurs employés en moyenne. Ils ont massivement repoussé leurs dettes fiscales et sociales (87%). L'essentiel des sociétés s'appuie sur l'ordonnance n°2020-315 du 25 mars 2020 et favorise les avoirs (89%) et le rebooking à une autre date (72%), au détriment du remboursement (29%).
 
Un secteur varié aux difficultés variées
 
Les intervenants ont tour à tour décrit une variété de difficultés qui épousait l’infinie diversité des métiers du secteur touristique, mais tous se sont rejoints pour indiquer le fait que toutes les entreprises avaient intégré une réduction forte de leur activité et des résultats négatifs en 2020, ainsi qu’un impact durable au-delà de 2020 ; les territoires ultramarins devant être prioritaires dans les plans de relance.
 
La demande de classement en catastrophe naturelle, déjà formulée à plusieurs reprises, a été renouvelée, notamment dans l’optique des festivals qui seront nécessairement annulés et qui auront besoin de faire jouer les clauses d’annulation pour force majeure de leurs contrats d’assurance. Preuve que le gouvernement avait bien identifié le problème, Franck Riester, ministre de la Culture, a mis en place une cellule d’accompagnement des festivals, joignable à festivals-covid19@culture.gouv.fr.
 
Le secrétaire d’Etat a noté une amélioration de la relation avec certaines plateformes d’hébergement en ligne, telle Expedia qui a arrêté de proposer le remboursement systématique des chambres d’hôtel annulées au profit des avoirs, contrairement à Booking qui y semble plus rétif.
 
Des avoirs dont les professionnels réclament le pendant sur les loyers pour gérer les milliers de bailleurs qui continuent de les réclamer à leurs locataires sans tenir compte des annulations de réservations. Certaines foncières semblent ainsi prendre des positions très dures, quand leurs modèles économiques devraient leur permettre de faire face à six mois de report de loyers.
 
Le secteur des transports est bien évidemment durement touché. Le représentant d’Air France KLM a ainsi fait état d’une activité à 3% de l’activité habituelle et 40% de remplissage, et appelé à une vision plus claire sur l’organisation et la reprise des vols. Le transport ferroviaire a quant à lui demandé un fond européen de couverture du remboursement des voyages en train, obligatoire pour ce secteur qui n’a pas droit aux avoirs.
 
Les loueurs de voiture de courte durée dont l’activité a baissé de 75%, craignent la baisse de capacité des constructeurs de voitures qui entraînera la baisse du nombre de voitures neuves disponibles pour leur marché. Plus anecdotique, ils ont regretté que beaucoup de gens qui n’avaient pu rendre les voitures empruntées au moment du confinement car ils ne disposaient pas de moyen de transport entre leur résidence de confinement et l’agence de location les avaient garées en centre-ville, provoquant un afflux de contraventions…
 
Christophe Bouchet, maire de Tours et représentant de France urbaine au sein du CFT, a évoqué la filière congrès et parcs d’exposition, particulièrement frappée en ce moment et dont l’impact touche durement les villes qui sont actionnaires des SEM qui gèrent les centres de congrès. Une représentante d’Atout France doit participer aux travaux du groupe de travail tourisme de France urbaine le 20 avril prochain, pour évoquer ce sujet parmi d’autres.