Share
Numérique et innovation
Transition écologique

Aux Journées Nationales de France urbaine, l’ambition d’un numérique responsable et durable

18/10/2021
Lors des ateliers des Journées Nationales de France urbaine plusieurs actualités phares des territoires urbains ont été mises en avant, à l’instar du numérique.

La rentrée des exécutifs des grandes villes, grandes agglomérations et métropoles réunis à Nantes dans le cadre des Journées Nationales de France urbaine (JNFU) a permis de mettre en avant plusieurs actualités phares des territoires urbains, à l’instar du numérique.

Une prépondérance des enjeux numériques conjuguée à la responsabilité des territoires urbains

 
Un constat d’entrée a donné la tonalité de cet atelier dédié au numérique : il revient désormais une responsabilité aux grandes villes et grandes intercommunalités en matière de politiques numériques. L’actualité, en lien avec la crise sanitaire ou encore les débats liés à la 5G, ont mis en lumière le caractère éminemment politique du numérique. Les enjeux liés à la souveraineté et à la gestion des données, à la lutte contre l’illectronisme, au numérique responsable et durable, à la sensibilisation aux usages numériques ou encore à l’aménagement numérique du territoire sont autant de prérogatives portées par les pouvoirs publics, de l’Europe au local. Parmi eux, les collectivités territoriales, et particulièrement les grandes villes et grandes intercommunalités, disposent d’un rôle essentiel en matière d’impulsion, d’orientation et de financement des politiques publiques numériques. En tant qu’échelon de proximité, elles justifient pleinement la montée en compétence qui est la leur pour faire du numérique un objet politique, un objet de réflexion, en lien avec les enjeux du quotidien et les défis contemporains.
Franckie Trichet, élu en charge du numérique à la Ville et Métropole de Nantes, co-président de la commission Numérique commune à France urbaine, l’AdCF et Les Interconnectés, a rappelé cette collégialité qui devait parcourir les réflexions en matière de numérique, fruit d’échanges et de décisions à des niveaux local, national et européen. Rappelant l’importance des territoires urbains, il a parié sur une ambition locale du numérique qui doit s’exprimer de manière encore plus intégrée pendant le mandat 2020/2026 et qui doit dénoter un investissement sur les enjeux d’éthique, d’accessibilité, de durabilité, etc.

Pour souligner ce volontarisme, Franckie Trichet a fait valoir deux exemples concrets de contribution :

  • La remise en février 2020 à Cédric O, secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique et des communications électroniques, du Manifeste visant à « Agir face à l’urgence de l’illectronisme », dont les conclusions et les propositions ont été majoritairement reprises, en dénote les expérimentations en matière de gouvernance locale de la médiation numérique : les « Conférences territoriales de l’inclusion numérique » (CTIN) ;
  • Une contribution plus récente, en mars dernier, laquelle traduit l’engagement des collectivités « Pour des territoires numériques responsables » et propose plusieurs balises pour impulser un numérique davantage social, écologique et durable. Il est reflet de la volonté des grandes villes de se positionner comme actrices des transitions environnementales et numériques, et de mobiliser les leviers qui sont les leurs, tout en emportant les acteurs du numérique dans leur ensemble. Cette contribution définit en quelque sorte la feuille de route de la commission Numérique, avec des engagements identifiés comme la commande publique, la participation citoyenne ou encore la structuration des filières de recyclage et réemploi, lesquels seront portés à un niveau politique.
Ces actions et ces réflexions sont plus que jamais indispensables pour que l’ensemble des territoires puissent prendre en main une transition numérique juste, responsable et citoyenne – tout en plaidant la logique de transversalité et de coopération qui doit être celle du numérique, en lien avec les autres politiques publiques. Bertrand Serp, adjoint à la ville de Toulouse et vice-président de Toulouse Métropole en charge du numérique et à l’innovation a rappelé cette impérieuse nécessité, tout en observant une montée en puissance à la fois politique et territoriale des politiques numériques.
L’esprit du Plan de Relance, et ses enveloppes afférentes au numérique, rappelle que le numérique se décline dans les territoires, et se formalisent avec le concours des exécutifs locaux. La logique des Contrats de relance et de transition écologique (CRTE) le souligne. C’est une évolution réelle que l’on peut constater ces dernières années. Appelant à une véritable territorialisation des politiques numériques, qui doit être reconnu comme un levier à part entière de l’action publique locale et appelle ainsi à affermir la gouvernance et le financement du numérique.
Cette gouvernance du numérique méritera d’être affermie, et le sera vraisemblablement à la faveur d’entrées « thématiques ». Le débat sur la 5G est un débat plus global sur les capacités réglementaires et morales des collectivités locales en matière d’aménagement numérique du territoire, de nouvelles technologies, etc. Un débat et des propositions mériteront d’être rapidement formalisées, et concourront ainsi à préciser un peu plus un pan de la gouvernance du numérique, placée sous l’égide des coopérations territoriales.
Le modèle « partagé » du numérique traduit également un financement « partagé », le numérique étant tributaire des budgets votés par les collectivités territoriales et l’Etat. Une réflexion d’ensemble mérite d’être investie en matière de financement du numérique, au regard de l’importance grandissante qui est la sienne et des moyens financiers que cela suppose, et à la faveur des questions posées par la gouvernance.
Le Plan France Relance a alloué des fonds importants pour le numérique, lesquels mériteront d’être sanctuarisés à moyens et longs termes (notamment l’enveloppe de 250 millions d’euros fléchés vers la médiation numérique, portant majoritairement sur le financement d’ETP – 4000 médiateurs numériques). En lien avec le PLF 2022, ou encore avec les crédits européens et la période de programmation de 2021-2027, des circuits de financement doivent être crées, en lien avec les projets de territoires et les impulsions qui seront celles des exécutifs locaux, pour un numérique responsable, écologique et durable.

Les usages et équipements numériques : des dimensions résolument sociales et sociétales


Afin de souligner la capacité de dialogue des territoires avec les acteurs qui font le numérique, plusieurs acteurs et personnalités qui « font le numérique » ont été conviés à l’atelier, à l’instar de Dominique Pasquier, membre du CNNum et par ailleurs sociologue et directrice de recherche au CNRS. Revenant en propos liminaire sur le périmètre de réflexions et d’actions du CNNum, récemment renouvelé, Dominique Pasquier est largement revenu sur les enjeux liés à la médiation numérique, l’un de ses principaux terrains de recherche. Apportant un regard sociologique aux conséquences de la dématérialisation et de l’impérieuse nécessité d’encadrer et de mettre des moyens pour la médiation numérique, elle est revenue sur la question des aidants du quotidien, mais aussi sur celle du décrochage scolaire.
 
Johan Theuret, directeur général adjoint des services chargé du Pôle « Ressources » à la Ville de Rennes et Rennes Métropole a illustré la dimension sociétale du numérique, faisant le lien avec le Manifeste « Pour des territoires numériques responsables », Rennes faisant partie des collectivités qui sont pleinement embarquée dans le virage du numérique responsable, dont les multiples dimensions sont le fruit de nombreux échanges et réflexions, à l’instar du débat récent au Parlement dans le cadre de la PPL visant à « réduire l’empreinte environnementale du numérique ». Rappelant l’impérieuse nécessité des collectivités à s’engager en matière de numérique responsable, il a par ailleurs souligné le rôle des collectivités territoriales à être des « gardes fous » en matière de dématérialisation, faisant valoir plusieurs points de vigilance dans la perspective du « 100% dématérialisation » souhaité par l’Etat.
 
Enfin, Florence Jacob, maître de conférences à l’Université de Nantes et préfiguratrice du débat local 5G à Nantes, est revenu sur cette exercice de participation citoyenne, fruit d’initiatives de plusieurs grandes villes, grandes agglomérations et métropoles suite aux débats sur le déploiement de la nouvelle technologie 5G. Florence Jacob a précisé la façon dont le débat a été construit et préparé, les valeurs qui ont structuré les échanges et l’esprit même du débat local… En la matière, l’organisation d’un débat local 5G contribue est l’un des rouages, ou en tout cas un moyen de contribuer à la montée en compétences d’une « société civile du numérique ». Rappelons que France urbaine devrait produire un travail de synthèse des productions des débats locaux 5G menés dans plusieurs grandes villes, et que cet axe « participation citoyenne » sera porté au niveau de la commission Numérique de France urbaine, de l’AdCF et des Interconnectés.
 

Pour ces prochaines années, quel « agir numérique » des collectivités locales ?


En guise de conclusion et d’éléments d’ouverture, les co-présidents de la commission Numérique de France urbaine, Franckie Trichet et Bertrand Serp, ont donné plusieurs pistes concernant les façons dont les collectivités pouvaient s’illustrer et composer un « agir numérique » qui leur soit propre : des exécutifs locaux, des élus de terrain avant tout « gardes fous » en matière de profusion du numérique.
Ils ont par ailleurs rappelé la nécessité d’assortir les réflexions et initiatives locales, compilées notamment au sein de la commission Numérique, à un travail de contributions et d’interpellations, dans le prolongement des débats locaux 5G, ou encore du travail de la commission Numérique de France urbaine, de l’AdCF et des Interconnectés portant sur l’application « Stop Covid ».
 
Contribuer au débat en donnant des clés de compréhension, c’est l’une des responsabilités des exécutifs locaux, de mettre « en tension » une société civile du numérique. Dans cette logique, il est primordial de « jalonner » et de mieux porter la voix des grandes villes et intercommunalités au niveau national et européen, en lien avec de prochaines échéances comme la Présidence française au Conseil de l’UE (PFUE) au 1er semestre 2022, l’occasion de jouer une carte politique pour les collectivités locales, afin de s’affirmer comme une strate bien identifiée dans les débats liés aux orientations des politiques numériques, et d’affermir leurs relations avec les instances européennes, dans une logique de financement et de gouvernance. Il s’agit par ailleurs d’être forces de propositions lors des prochaines élections présidentielles, en produisant un « livre blanc » commun à l’ensemble des fédérations d’élus.
 
Nous devons nous saisir de cette opportunité pour incorporer avec force et conviction cette dimension numérique, c’est ce qu’à fait valoir Franckie Trichet, identifiant plusieurs pistes afin de s’astreindre à un travail de « diplomatie numérique » (le numérique comme outil de soft power et d’affirmation d’une politique numérique « à la française »), à l’occasion d’événements internationaux, comme le Smart city expo world congress (SCEWC) de Barcelone auquel France urbaine proposer d’emmener une délégation d’élus et de techniciens, et d’autres événements dédiés.
 
En tout état de cause, en lien avec la crise sanitaire et de manière plus antérieure à la pénétration du numérique dans notre quotidien et la montée en compétence des collectivités locales en matière de politiques publiques numériques, il y a un ferment d’ensemble en mesure d’accroître les capacités d’actions des grandes villes et métropoles pour infléchir un numérique juste, durable et citoyen.