Share
Transition écologique

Johanna Rolland : « Il faudrait 12 milliards d'euros supplémentaires par an pour adapter nos villes au changement climatique »

06/12/2022

La Présidente de France urbaine a accordé un entretien à La Tribune, en marge du Forum Paris Zéro Carbone, organisé le 8 décembre à l'Hôtel de Ville de Paris.

GRAND ENTRETIEN. Présidente de France urbaine, Maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole, Johanna Rolland s'étonne que l'Etat demande aux élus locaux d'accélérer la transition écologique tout en supprimant un à un tous ses leviers d'action. D'autant que selon une récente étude de l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE) à laquelle les métropoles et les grandes villes ont contribué, les 2 milliards du « Fonds vert » annoncés par l'Etat sont bien loin du compte.
 
LA TRIBUNE : A la veille de la Journée internationale du climat, comment travaillez-vous chez France urbaine pour associer les entreprises, les citoyens et les collectivités environnantes dans la lutte contre le dérèglement climatique ?
 
JOHANNA ROLLAND : La transition écologique est l'une des préoccupations majeures des Français. C'est aussi une priorité absolue des élus des grandes villes. Nous sommes engagés dans des politiques offensives pour lutter contre le réchauffement climatique. Je pense au développement des transports collectifs ou des mobilités actives, à la rénovation énergétique des bâtiments mais aussi pour adapter nos villes à ses conséquences comme la renaturation et la création d'îlots de fraîcheur. Mais nous ne pouvons et nous ne voulons pas penser ces actions dans les seules limites des territoires urbains. Elles doivent être dialoguées avec les territoires périurbains et ruraux. Comment penser notre avenir commun sans parler et agir ensemble sur les mobilités, l'alimentation, la qualité de l'eau ? Ces sujets et bien d'autres n'ont pas de frontières.
 
Nous sommes convaincus que le changement viendra de la capacité qu'ont les différents acteurs, c'est-à-dire les citoyens, les entreprises ou les acteurs associatifs à travailler ensemble, de manière partagée, concrète et volontariste. Grâce au travail de notre commission « Transition écologique » présidée par Jean-Luc Moudenc et Nicolas Mayer-Rossignol, nous auditionnons, nous consultons, nous alertons et nous proposons des idées qui sont challengées et partagées avec toutes les forces vives qui font le dynamisme et la vitalité de notre pays, de manière transpartisane.
 
France urbaine soutient également des travaux scientifiques et universitaires, des études institutionnelles, dialogue avec les parlementaires et organisent dans toute la France des événements sur l'action des villes et la nécessité d'accélérer la transition écologique, à l'image du Forum Zéro Carbone, aux côtés de La Tribune. Échanger, partager, proposer. C'est le sens de notre action.
 
Lors du Paris Zéro Carbone, La Tribune dévoilera les résultats d'une étude de l'IFOP sur la mobilité en ville et l'acceptation des changements induits par le dérèglement climatique. Comment les élus des grandes villes tâchent de sensibiliser sur les zones à faibles émission-mobilité (ZFE-m) ?
 
Pour France urbaine, ces zones à faibles émissions-mobilité (ZFE-m) sont fondées car c'est d'abord un enjeu de santé publique. La pollution de l'air est responsable de 40.000 décès prématurés par an en France. Pour autant, les ZFE-m posent encore de trop nombreuses questions laissées en suspens depuis deux ans par l'État, aussi bien sur les modalités concrètes de mise en œuvre que des mesures d'accompagnement des particuliers et des professionnels impactés.
 
Les métropoles et l'État doivent travailler ensemble pour ne pas transformer les « Zones à faibles émissions » en « Zones à forte exclusion ». Il faut renforcer l'accompagnement des populations en augmentant et en élargissant les aides aux habitants des territoires voisins impactés et en simplifiant leur accès via la mise en place d'un guichet unique géré par les territoires. Il faut aussi accompagner financièrement les collectivités à investir massivement dans le développement des infrastructures de mobilités pour proposer des alternatives à autosolisme en favorisant le covoiturage et en développant les transports en commun. Nous avons eu l'occasion de faire des propositions aux ministres concernés, en particulier le ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires Christophe Béchu. Il s'est montré à l'écoute. Nous attendons que cela se traduise concrètement. Il y a urgence.
 
Dans ce cadre, le développement des RER métropolitains, réaffirmé par le président de la République, fait-il partie de vos priorités ?
 
Nous saluons cette intention nécessaire pour atteindre la neutralité carbone en 2050 car nous sommes prêts, mais avec Régions de France et le Groupement des autorités organisatrices de transport (GART), nous disons que l'État doit s'engager pour accompagner le financement de ces investissements. Une réflexion doit s'engager avec l'État sur le modèle économique des transports collectifs, qui sont structurellement déficitaires et pour lesquels la tarification doit favoriser un usage massif et accessible à tous.